E-santé, santé connectée, bien-être 3.0 : quels sont les leviers à activer pour transformer de façon efficace le système global de santé, en répondant aux attentes des patients, des clients et des professionnels de santé, tout en adressant de façon efficace la question de la sécurisation des données et de l’utilisation de la data ?

Les équipes Accenture ont participé fin janvier à la 5ème édition de la Maddy Keynote, événement dédié à l’innovation qui présente chaque année les grandes tendances qui construisent notre futur. Cette nouvelle édition, s’est articulée autour des questions liées aux mutations technologiques, environnementales et sociétales et la manière dont l’humanité doit s’y adapter. L’occasion pour nous de traiter l’évolution d’un des secteurs les plus impactés par les nouveaux usages, la disparition des frontières sectorielles et l’avènement de la data et des objets connectés : la Santé. Comment transformer le système global de santé, de la prévention jusqu’au suivi, afin qu’il réponde au mieux aux attentes des patients, des clients, des professionnels de santé et des chercheurs ?

Levier 1 : créer un business model basé sur la santé connectée (objets + deep learning)

Dans un contexte de vieillissement de la population et d’accroissement des maladies chroniques, la santé connectée fonde un nouveau business model porteur de revenus et de nouveaux portefeuilles clients. Selon le portail de statistiques Statista, le marché de l’e-santé pourrait avoisiner les 233 milliards de dollars en 2020, dont 4 milliards en France. De quoi aiguiser l’appétit de tous les grands noms de la Tech, en sus de la responsabilité sociale et solidaire que cela incombe. Pendant longtemps, le corps médical exerçait dans une logique curative a posteriori. Aujourd’hui, grâce aux avancées technologiques, l’approche est davantage orientée vers une vision à long terme, basée sur une logique préventive a priori, centrée sur l’accompagnement de la population et la détection précoce des maladies.

Afin que les patients restent en bonne santé jour après jour, les expertises se démultiplient : télésanté, téléconsultation ou encore télésoin… dans une logique de « quantified-self » (mesure de soi) permettant à chacun de mesurer, d’analyser et de partager ses données personnelles. En dépit de l’engouement des patients et des grands acteurs de la Tech pour ce marché et un développement exponentiel des objets connectés – glucomètre, tensiomètre, balance – les enjeux restent de taille, notamment en France. L’enjeu est de massifier les services qui émergent, en éduquant patients et professionnels de santé sur l’intérêt du partage de la donnée, tout en les sensibilisant à la question essentielle de leur sécurisation. Les professionnels de santé doivent également apprendre à s’approprier ces nouveaux outils digitaux et à exercer en s’appuyant sur de la donnée.

Chez Accenture, nous pensons que l’enjeu pour les assureurs sera de proposer des business models alternatifs, couvrant l’ensemble de la chaine de valeur (prévention, prédiction, hospitalisation, suivi) via la collaboration avec de nouveaux acteurs et/ou le développement en interne. Au-delà de cette chaine de valeur permettant une expérience « assuré / adhérent » complète, de bout en bout et uniformisée, il s’agit là d’une véritable course vers la conquête d’un univers global : le bien-être dans son entièreté, au-delà de la santé (ex : gestion des émotions, suivi sportif, etc.). L’assureur deviendrait donc un « coach bien-être » centralisant la gestion et le suivi de divers produits et services.

Pour ce faire, les assureurs pourront exploiter l’adoption des objets connectés, notamment ciblés par business model / nouveaux services différenciants (« à chacun son usage ! ») et générant une forte fréquence d’usage des assurés.

Levier 2 : ériger un modèle opérationnel qui fonctionne sur une logique d’écosystème

Une des clés de la réussite de ces nouveaux modèles est la création d’un écosystème intégré. Professionnels de santé et experts de la tech doivent d’abord travailler main dans la main pour élaborer des technologies sensées et pratiques. Mais cette communauté doit aussi s’élargir à d’autres acteurs, issus de la recherche ou encore des startups … Cette multitude d’acteurs, dans une logique d’intelligence collective, participative et ouverte, apporte une réponse globale, validée et assure le développement de solutions pérennes. Ils contribuent à l’apport de connaissances, de ressources et de plus-values, dans un domaine nécessitant de longues études cliniques et donc du temps et de l’argent.

Nous observons chez Accenture que la santé et le bien-être sont un secteur mêlant une diversité rare de parties prenantes avec des statuts (publique / privé), des tailles (professions libérales / établissement de santé), des enjeux et méthodes de travail (startups / grands comptes), et des convictions différentes (études et rapports santé parfois contradictoires, nuancés). Par ailleurs, des tendances comme le big/open data et la facilité à entreprendre, à créer de nouveaux métiers, imposent au secteur d’augmenter l’identification et la compréhension des rôles des uns et des autres, en amont de la création d’un écosystème multidisciplinaire et complémentaire. La création d’un réseau de partenaires nécessitera une transformation forte de la manière dont la connaissance client et les projets sont actuellement gérés par les assureurs et acteurs mutualistes (méthode lean startup, prise de risque, culture de l’échec et de l’expérimentation, etc.).

Certaines pistes de réflexion sont disponibles dans l’épisode Cuisinons-les « Les écosystèmes en assurances : relations startups et grands groupes » construit avec News Assurance Pro, avec la présence de Fabien Monsallier (Directeur de l’Innovation de la Banque Postale et Responsable de l’accélérateur Platform58), Christophe Dandois (Fondateur et CEO de Leocare).

Levier 3 : semer, cultiver, normaliser et maitriser la donnée, ce carburant de la santé connectée

Dans ces nouveaux modèles, la donnée a pour mission de relier plus étroitement le corps médical aux patients. Cette donnée avec une couche d’IA et de deep learning permettra d’améliorer les dispositifs de prévention, de mieux connaitre les patients et de mieux les informer. Si la donnée apparait comme un moyen de révolutionner la médecine actuelle, elle est aussi souvent décriée pour ses risques. Alors que dans le modèle américain basé sur des Care Coordinators (coordinateur de santé), l’intérêt et les opportunités de la donnée ont depuis longtemps été compris, le système français se montre encore assez réticent à son l’utilisation en raison de ses travers, réels ou supposés. Plus globalement, le travail de la donnée doit être compris et engagé à l’échelle européenne, notamment via le pan règlementaire, afin d’assurer une transformation coordonnée et ne pas laisser le champ libre aux entreprises de la Tech comme Amazon, Apple ou Livongo, qui sinon deviendront les prochains professionnels de santé de la population française.

La santé connectée : une opportunité à saisir

Plus que jamais, l’identification, la collecte, le retraitement, le partage et la sécurisation de la data se posent comme clé de voûte du succès des assureurs, des acteurs mutualistes et de leurs parties prenantes. L’étude globale des consommateurs d’Accenture a démontré que 69% des français étaient prêts à partager leurs données personnelles, incluant des données de santé, si cela permettait l’obtention de services plus pertinents. Ce chiffre atteint même les 71% dans le cadre de la mise en place de services plus rapides et plus simples ; et 72% pour un tarif plus attractif.

L’enjeu n’est donc plus du côté des clients, qui adoptent majoritairement cette démarche, mais bien du côté des entreprises et de la règlementation.

En synthèse, la santé – et plus globalement, le bien-être – fait indéniablement partie de ces univers qui subiront une mutation profonde dans les mois et années à venir. Les conglomérats d’acteurs qui pourront mettre à profit les nouvelles tendances (e-santé, objets connectés, data) au bénéfice des patients, de leurs proches et de la santé publique, doivent :

  • Transformer de manière continue leurs business models en proposant des produits et des services hors assurances (« beyond ») permettant des expériences client uniformes ;
  • Adapter un modèle opérationnel basé sur un large spectre de partenaires et faire évoluer la posture de l’assureur vers celle d’un « coach bien-être » ;
  • Capitaliser sur la data interne et des partenaires.

Indéniablement, nous avons hâte d’observer l’orchestration entre les différents acteurs de la santé, dans ce secteur en pleine mouvance. Un grand merci à Julien Mussat et à l’ensemble de l’équipe de Maddyness pour cet événement de qualité et vivement l’édition 2021 !

Cet article a été co-écrit avec Axel Boned, Wissem Hechi et Harmonie Reybaud.