Dans ce nouvel épisode du Podcast Finance & Risque Accenture, Jean-Philippe Belmont, Manager au sein de la Practice Finance, Risques et Compliance d’Accenture, s’entretient avec notre expert Fabien Plazanet, Senior Manager, Finance, Risques et Compliance Assurance. Il intervient chez plusieurs acteurs du secteur de l’assurance dans le cadre de leurs projets d’implémentation de la norme IFRS 17. Cet épisode est consacré à la question centrale de la mise en place de la norme IFRS 17 sur les contrats d’assurance. (Temps d’écoute : 15 mn)

La transcription ci-dessous a été éditée pour en préserver la concision et la clarté.

Jean-Philippe Belmont : Bonjour Fabien, et merci d’avoir accepté de répondre aux interrogations que peuvent se poser nos clients du secteur de l’assurance, quant à la mise en place de la norme IFRS 17. L’IASB a publié le 25 juin 2020 une version amendée de la norme IFRS 17 qui fait suite à une période de discussion sur un certain nombre de sujets techniques étalée entre décembre 2019 et mai 2020. Les sujets évoqués, très suivis par l’ensemble des acteurs du marché, ont été de différentes natures : discussion autour du périmètre d’application de la norme, des options à retenir pour la transition et le sujet très attendu du report de la norme IFRS 17.

À l’issue de ces échanges au sein de l’IASB, le bord a confirmé un report de 2 ans de la date de mise en application de la norme IFRS 17, l’amenant ainsi au 1er janvier 2023. Que penser de cette prise de position tardive, pourtant tant attendue de tous les acteurs depuis longtemps ?

Fabien Plazanet. : Depuis 2017 l’IASB traite des sujets par priorité et ordre d’importance et ils ont simplement décidé de se pencher sur ce sujet en dernier.

J.P.B. : N’est-ce pas pourtant une question importante ?

F.P. : Si, la grande majorité des acteurs attendait depuis longtemps cette position officielle, que ce soit l’IASB ou les acteurs européens de la commission européenne. La communication officielle de la nouvelle date de mise en œuvre d’IFRS 17 va leur permettre de mettre à jour leur feuille de route, voire de confirmer pour ceux qui l’avaient déjà fortement anticipé, le report de la norme.

Maintenant que les acteurs ont bien avancé sur les autres aspects du projet, soit l’aspect méthodologique, comptable et actuariel et bien évidemment le développement informatique lié aux nouvelles exigences d’IFRS 17, un point central de cette feuille de route est la stratégie de dry-runs, également appelés tests à blanc.

Pour rappel, les principaux apports de la norme sont :

  • L’introduction de nouvelles composantes d’évaluation des contrats d’assurance (composantes BE, RA, CSM)
  • Ainsi que de nouvelles exigences de reporting avec la mise en place de nouvelles annexes telles que les fameux roll-forward

J.P.B. : Pouvez-vous expliquer ce qu’est un dry-run ?

F.P. : Un dry-run, également appelé test à blanc, est un exercice de production qui se base sur les données réelles d’un exercice antérieur, permettant de tester les méthodologies, les approximations, les outils développés, les interfaces et les processus cibles. Il permet en somme de vérifier que la chaine de production de la donnée IFRS 17 est complète.

J.P.B. : Qu’est-ce qui va distinguer un dry-run, d’une clôture normale ?

F.P. : Ces tirs à blanc ne nécessitent pas de réaliser cet exercice dans les délais d’une production courante, puisqu’il n’y a pas de pression associée à la publication des comptes ou à leur remontée à un pallier supérieur, comme c’est le cas par exemple pour les assureurs qui appartiennent à un groupe bancaire. De plus, ces tests à blanc peuvent être réalisés sur un périmètre restreint. Ils permettent avant tout de préparer les premiers exercices de production 2021, 2022 ou 2023 en testant les processus et les flux de données IFRS 17 des briques actuarielles, jusqu’aux états financiers consolidés.

J.P.B : Comment ces tests à blanc s’inscrivent-ils dans la conduite du changement ?

F.B. : Les dry-runs vont permettre de continuer à former les équipes projet et de transférer une partie de la compétence externe vers les équipes internes. Cela va permettre également dans certains cas, d’intégrer les équipes de production actuelles sur le projet IFRS 17.

J.P.B : Quel est l’impact du report de la norme sur la stratégie de dry-run ?

F.B. : Le report est une donnée primordiale dans la revue des feuilles de routes d’IFRS 17 et notamment dans la stratégie de dry-runs. Cette année supplémentaire va permettre aux acteurs du secteur de mieux se préparer à l’année de transition, en intégrant en amont un ou plusieurs tirs à blanc sur l’année 2021 et début 2022.

J.P.B. : Avec des coûts budgétaires associés je suppose…

F.B. : Oui, cependant chez Accenture nous sommes convaincus que ces exercices permettent de mieux préparer les exercices de transition. L’assistance externe peut être également réduite du fait de la courbe d’apprentissage des équipes internes, liée aux dry-runs anticipés.

J.P.B. : Est-ce qu’il n’y a qu’une seule stratégie de dry-run possible pour tous les acteurs ?

F.B. : Pas du tout. Il convient d’abord de rappeler que la mise en œuvre de la norme IFRS 17 a été l’opportunité pour certains acteurs de revoir leur gouvernance et de mettre en place un nouveau modèle organisationnel cible : le TOM.

  • Certains acteurs ont profité d’IFRS 17 pour centraliser la production de la donnée IFRS 17 et se sont dotés d’outils de calcul de valorisation des groupes de contacts IFRS 17, au niveau groupe. Ils misent ainsi sur une meilleure maitrise de la qualité de la donnée produite et sur l’harmonisation des méthodologies employées au sein de toutes les entités. L’effet de mutualisation dans l’évaluation des contrats d’assurance, au niveau groupe, permet de limiter la comptabilisation des pertes sur le compte de résultat.
  • D’autres acteurs ont conservé leur gouvernance actuelle avec une décentralisation des données, chaque entité conservant la production de ses données financières, qui sont ensuite remontées au niveau groupe.

J.P.B : Comment le choix de gouvernance vient impacter les stratégies de dry-run ?

F.B. :  Les acteurs qui ont choisi de centraliser les données IFRS 17 peuvent effectuer une partie de ces données en quasi-autonomie grâce à des données locales, qui existent déjà dans leur système et qui vont permettre aux équipes projets dédiées de produire des états financiers consolidés IFRS 17.

Pour les autres groupes d’assurance décentralisés, les dry-runs permettent également d’intégrer les entités, dans leur processus de production de la données IFRS 17, de s’intégrer dans le plan compte groupe défini et de tester toutes les interfaces. Cela permet aussi de fournir des premiers impacts précis à la transition sur les capitaux propres et le compte de résultat IFRS 17, les acteurs centralisant la donnée ayant déjà surement réalisé les premières mesures d’impact.

J.P.B. : Tous les acteurs ont-ils fait le même choix de stratégie, concernant le nombre de dry-runs ou le choix du contenu ?

F.B. : Pas du tout. Certains ont une stratégie très incrémentale, et ce depuis la publication de la première version de la norme en mai 2017. Certains acteurs finiront surement en go live en 2023 avec plus de 10 dry-runs au compteur. A cela, ils vont rajouter à chaque exercice de test, de nouvelles données, de nouveaux outils cibles, des processus cibles, une démarche fast close et bien entendu des entités supplémentaires dans le périmètre de consolidation.

En revanche, d’autres acteurs n’effectueront leur premier tir à blanc qu’en 2021, voire début 2022 avec une face projet moins segmentée. Ils vont miser en amont sur des tests unitaires, de bout en bout. Ils vont ainsi ne réaliser qu’un ou deux dry-runs qui vont impliquer directement la majorité du périmètre des entités. C’est cette option que l’on voit chez les acteurs ayant une gouvernance plus centralisée et ceux qui ont commencé plus tardivement leur programme IFRS 17.

J.P.B. : Selon vous, quelle est la meilleure stratégie à adopter ?

F.P. :  Il n’y a pas de bonne ou mauvaise option. Cela dépend de l’avancement et la gouvernance de chaque acteur. Une chose est certaine, nous conseillons les groupes d’assurance de réaliser des tests à blanc pour être plus sereins pour la transition et les premiers exercices de production qui s’annoncent exigeants.

Vous souhaitez en savoir plus sur notre point de vue Accenture et les différentes stratégies de dry-runs IFRS 17, n’hésitez pas à nous contacter :

@Jean-Philippe Belmont (Manager – Finance, Risques et Compliance)

@Fabien Plazanet (Senior Manager – Finance, Risques et Compliance)