Dans 10 ans, l’Intelligence Artificielle sera partout et dans des déclinaisons diverses telles que le Deep Learning ou encore la voiture autonome, capable d’effectuer un trajet sur simple indication du lieu de destination par un utilisateur. Le monde de l’Assurance n’échappera pas à cette vague de transformation profonde qui va modifier de façon durable les rapports entre les assureurs, leur écosystème et leur marché, en passant par la redéfinition même de la notion de bien assurable.

Dans un tel contexte, l’exploitation de la richesse des données générées par ces nouveaux modèles et des technologies associées, constitueront un enjeu majeur de différenciation pour les assureurs, et auront un impact sur toutes les composantes de leur organisation jusqu’aux Directions Finance et Risques.

Comment l’innovation va-t-elle redéfinir la valeur dans le monde de l’Assurance ?

L’intelligence artificielle sera la clé de voûte d’autres technologies, et le Cloud et l’open source vont contribuer à sa démocratisation. Des technologies ubiquitaires vont pouvoir émerger avec la promesse d’expériences immersives renouvelées où la transparence, la simplification et le caractère immédiat des liens entre les personnes, les objets et l’entreprise seront au cœur de la création de valeur.

Cette ère d’innovation technologique est axée sur la personnalisation de la relation. Dans le domaine de l’assurance, le marché devient sensible aux offres individualisées, plus nomades et plus flexibles, ce qui poussera à termes à la restructuration des couvertures d’assurance.

A cet égard de nouveaux acteurs, comme les Insurtechs, qui ont fondé leur business model sur la relation client à l’appui des nouvelles technologies, s’invitent sur le marché de l’assurance. Une des plus emblématiques est la start-up américaine Lemonade qui propose une assurance habitation en quelques clics et devrait bientôt investir le marché européen.

Nous pressentons que l’Internet des Objets ou « IOT » pourra également jouer un rôle clé dans le domaine de l’assurance de dommages aux biens.

Qu’est-ce que l’IOT ? C’est l’interconnexion entre des réseaux, des objets et des environnements. Le cœur du dispositif est la donnée et la capacité à la transformer en une information intelligente et exploitable. Si l’IOT appliqué à la maison répond d’abord à des exigences de confort et de sécurité, il pourrait jouer un rôle clé dans la structuration des offres et la modélisation du risque grâce à la captation des données d’usage et des comportements.

Les assureurs traditionnels l’ont bien compris et proposent désormais des packages de domotique intelligente couplés aux assurances Multi Risque Habitation pour prendre position dans la chaîne de valeur.

Quand l’innovation technologique redéfinit le comportement du marché en Assurance de biens

Nouveaux usages et relation client renouvelée

Le rapport de l’assuré aux biens s’inscrit dans un changement de logiciel où la notion d’usage devient plus prégnante que la possession des objets.

En assurance de biens, les deux marchés stratégiques que sont l’automobile et la maison se caractérisent pourtant par un pricing power limité, c’est-à-dire la capacité à augmenter les prix sans provoquer une contraction de la demande. Les éléments d’explications sont à trouver dans un l’environnement macroéconomique, réglementaire et concurrentiel défavorable.

Les données de la Fédération Française de l’Assurance montrent que depuis 10 ans, le ratio combiné en Auto et MRH reste en moyenne supérieur à 100 %, sans que l’on puisse appliquer une hausse tarifaire marquée des primes dans un contexte concurrentiel renforcé par une règlementation qui facilite la résiliation des polices d’assurance. De fait, la revalorisation limitée des primes et les incitations commerciales tarifaires à la souscription qui revoient à la baisse le chiffre d’affaires en même temps qu’elles augmentent les coûts d’acquisition contribuent à la dégradation des ratios techniques dans le contexte déflationniste.

L’économie connectée se cristallise donc autour de la maison et de l’automobile en misant sur le multi équipement et la saturation des portefeuilles.

La maison connectée illustre bien le basculement progressif mais néanmoins inéluctable de l’ère du patchwork d’objets issus de la domotique à celle de la maison communicante, où l’expérience utilisateur va s’articuler autour des technologies intégrées et de l’intelligence artificielle. La relation continue avec les assurés devrait créer les conditions d’un maillage plus solide, et limiter la rotation des portefeuilles en modifiant structurellement les points d’échanges qui se concentrent encore essentiellement autour du renouvellement du contrat ou de la survenance d’un sinistre. Les données recueillies permettront une meilleure appréhension des attentes du client afin de proposer des modes de tarification plus adaptés (couvertures d’assurance instantanée, temporaire, sur-mesure) et pourquoi pas d’y adosser de nouvelles prestations dans l’idée d’une approche globale de service.

 L’assurance de biens et de responsabilité va voir la notion de valeur se transformer, et cette mutation passera par une approche holistique du marché.

L’avantage concurrentiel ne sera plus à l’initiative seule d’un acteur du marché mais résidera dans la puissance de ses partenaires et dans le choix stratégique de l’écosystème auquel il va s’intégrer. La technicité croissante requise dans la proposition de valeur à l’assuré favorise l’entrée de nouveaux acteurs, plus à même d’exploiter les forces des réseaux et des plateformes à l’instar des GAFA.

Le bénéfice de l’IOT dans le monde de l’assurance passera par l’émergence d’écosystème de plateformes qui permettront de créer de nouveaux business models et des produits différenciants sur le marché. C’est en effet la volumétrie des données collectées via l’IOT et la pluralité de leur source qui vont améliorer la pertinence des offres et la pénétration du marché, notamment par une approche comportementale de la tarification : objets connectés (voitures, maisons, bracelets), réseaux sociaux, plateformes collaboratives et données open source. La robustesse de l’écosystème permettra de répondre aux attentes de l’assuré en termes d’individualisation du service tout en rendant négligeables les effets de l’antisélection.

Comment révéler la valeur intrinsèque dans un contexte de massification des données ?

La nouvelle distribution des risques et l’amélioration des ratios techniques

Aujourd’hui, l’IOT appliqué à la maison pourra jouer un rôle clé dans la prévention et le niveau d’exposition aux risques. Et la fréquence des sinistres s’en trouverait significativement réduite. Le bénéfice serait substantiel en MRH, où les dégâts des eaux (30% de la fréquence de la sinistralité) se chiffrent à un coût moyen de 1000 euros, avec une amplitude importante entre les dossiers.

Demain, cette réduction de la fréquence et du coût des sinistres pourra également se vérifier sur le marché de l’automobile autonome où l’écosystème intelligent va jouer pleinement son rôle en combinant objets mobiles, réseaux sociaux, captation des évènements urbains et données météorologiques et… pilotage du véhicule et du risque !

Plus généralement, on notera l’impact positif sur les ratios techniques directement corrélé à la captation des données d’usage et comportementaux, qu’il soit lié à la réduction de l’aléa moral et de l’antisélection ou à la fluidification du traitement des dossiers de sinistres grâce à la simplification, la transparence voire l’instantanéité du suivi.

Les outils et une culture d’entreprise autour de la valeur de la donnée

On l’a compris, les plateformes connectées vont créer un volume exponentiel de données qu’il faudra stocker, analyser, sécuriser et restituer pour des usages divers. De la souscription à la gestion des sinistres, de la tari­fication au suivi des risques, la donnée est au cœur de l’activité d’assurance. Et les technologies du Big data dans une architecture des systèmes inclusive et intégrée seront incontournables pour la fiabiliser et l’exploiter.

En complément des outils, la stratégie d’entreprise autour de la donnée est cruciale pour être en capacité d’en extraire la valeur et d’irriguer les fonctions clés de l’entreprise (Directions Finance, Risque, Marketing etc.).

A cet égard, on observe que l’adoption de l’IOT en est encore à ses balbutiements (seulement 11% des habitations seront équipées en Europe dans les 2 prochaines années) notamment du fait d’une vision encore floue de la promesse Client et de la capacité à traduire la valeur de la donnée dans une vision opérationnelle.

Prospective

Les avancées technologiques génèrent aussi une mutation des risques quant à la notion de matière assurable. On s’attendra davantage à des couvertures d’assurance liées à un bien et non plus à un assuré, en particulier avec l’essor de l’économie du partage (partage de voitures, partage d’appartements…) et du marché des véhicules terrestres autonomes qui serait estimé à près de 500 Milliards d’euros à horizon 2030 en Europe. De plus, la voiture autonome se passant des instructions du conducteurs relèverait de nouveaux contours juridiques en matière de responsabilité civile qui restent à définir.

L’évolution numérique porte en elle-même des risques nouveaux auxquels les assurés, seront confrontés et dont il va falloir les prémunir (cyber-attaque, erreurs dans le traitement et l’exploitation des données, etc.).

L’émergence de marchés nouveaux impose aux assureurs de repen­ser leur offre produits, et de s’équiper – humainement, technologiquement et d’un point de vue organisationnel – pour faire face à ces nouvelles pratiques assurantielles, et construire des couvertures innovantes, supportées par des modèles de gestion des risques enrichis, afin de se démarquer dans un contexte concurrentiel qui verra les acteurs industriels (constructeurs automobiles, fournisseurs d’énergie, …) s’intéresser de plus en plus à la matière assurable afin de valoriser les données utilisateurs collectées.