Accenture accompagne actuellement plusieurs acteurs français et internationaux de l’industrie de l’assurance dans leurs programmes de transformation IFRS 17. La norme IFRS 17 impacte l’ensemble de la chaîne de production Finance & Risques des assureurs. Pour faire face à ces nouvelles exigences normatives, les systèmes en place, la filière données et plus globalement l’architecture soutenant les fonctions Finance et Actuarielles des assureurs sont amenés à évoluer profondément. Nous vous proposons de partager dans cette chronique notre point de vue sur les grands choix d’architecture à adresser dans le cadre de la mise en conformité à IFRS 17.

Les chroniques IFRS 17

Episode #3 – IFRS 17, vers une refonte de l’architecture Finance et Risques ?

Co-écrit avec Fabien Oulmont

Schématiquement, la norme IFRS 17 exige d’évaluer les passifs d’assurance en actualisant les cash-flows futurs sur la durée de couverture des contrats, soit une vision du passif en Best Estimate. A cela s’ajoute une marge de prudence appelée Risk Adjustment. A première vue, cette logique bilantielle et calculatoire est similaire à Solvabilité II et devrait faciliter la mise en conformité à IFRS 17. Certes, mais l’approche d’IFRS 17 va au-delà du bilan et de la maîtrise du capital. Elle embarque une nouvelle logique de performance financière où la reconnaissance du profit se fonde sur le service d’assurance rendu sur la période.

En régime IFRS 17 (dans le cas du modèle général), la CSM (= profit futur provisionné) constituera l’une des nouvelles métriques clé, que chaque assureur devra calculer puis libérer sous forme d’amortissement, au sein de son architecture cible dans une brique à définir. Par ailleurs, l’évaluation de la CSM devra s’effectuer selon une maille réglementaire de regroupement des contrats : portefeuille (= groupe de contrats gérés ensemble présentant des risques similaires et gérés « ensemble ») x cohorte (= année de génération) x signature de profitabilité (= a minima, une classification selon 3 natures de contrats définis à la souscription selon qu’ils sont onéreux, profitables ou potentiellement onéreux). Ce niveau de granularité génère un fort besoin en données, en stockage, en puissance de calculs (additionnels aux besoins de Solvabilité II)… Et la CSM devra être restituée dans les états financiers des assureurs (bilan, P&L et annexes) et être pilotée à chaque clôture financière, ainsi que dans le cadre de leur planification stratégique.

Nouveaux états financiers à produire, nouveaux indicateurs à calculer, nouvelles données à ingérer et exploiter, nouvelles granularités à véhiculer… Le modèle des données de passifs, dérivé de la norme IFRS 17, est profondément impacté. Les différents systèmes d’information sur la chaîne de valeur Finance et Risques sont amenés à évoluer en conséquence : modèles actuariels, systèmes comptables solo et conso, outils de pilotage de la performance et de projections budgétaires, outils de visualisation et de reporting interne et externe, ainsi que de potentielles nouvelles briques applicatives, nécessitant de nouvelles interfaces associées, de nouvelles approches de robotisation voire de machine-learning à des fins tactiques… Or, ce dispositif technologique d’ensemble doit fonctionner à coûts maitrisés et dans des délais contraints par les exigences de publication des résultats.

Chaque assureur doit ainsi évaluer son architecture actuelle à l’aune des exigences normatives IFRS 17 et s’assurer qu’elle puisse y répondre. Il doit également définir son niveau d’ambition en termes d’architecture eu égard aux enjeux d’une clôture multinormes financière et prudentielle de plus en plus accélérée et nécessitant de plus en plus de données fiables, cadrées et réconciliées. La définition d’une trajectoire de mise en œuvre de l’outillage cible, avec des états stables intermédiaires à atteindre, doit permettre d’améliorer progressivement le dispositif et son niveau de performance, selon un budget calibré et maîtrisé.

Dans le cadre de nos interventions, nous engageons les réflexions sur l’architecture cible autour de certaines options structurantes qui engagent l’ensemble des Directions concernées et permettent d’orienter les travaux opérationnels d’adaptation à IFRS 17, par exemple (liste non exhaustive) :

Quel niveau d’ambition pour l’architecture Finance et Risques de demain et quelle feuille de route ? IFRS 17 requiert de mener de nombreuses transformations IT en un temps très restreint. Le choix d’établir une architecture cible en capacité d’adresser a minima les besoins IFRS 17 peut être dicté par des contraintes opérationnelles de délais. Néanmoins, et afin de tirer bénéfice de la masse d’informations granulaires nécessaires aux nouveaux calculs IFRS 17, certains acteurs orientent déjà leurs travaux de cadrage autour de la mise en place d’une véritable architecture Finance & Risques centrée autour de la donnée, avec la création de Hubs ou de Plateformes de données (ou Data Lake) s’appuyant sur l’avènement de technologies désormais éprouvées comme le Big Data, et ouvrant demain la porte aux technologies telles que l’Analytics et l’Intelligence Artificielle. Il s’avère ainsi structurant de poser dès à présent cette vision de l’architecture Finance & Risque cible, dans une logique de création de valeur pour le Business. L’objectif étant d’inscrire les travaux de mise en conformité IFRS 17 dans une feuille de route pluri annuelle qui tiendrait compte des ambitions définies, de la capacité à faire dans les délais impartis et des coûts et efforts associés. La stratégie de mise en œuvre pourra ainsi s’inscrire au-delà de 2021, tout en adoptant dès à présent les principes structurants permettant à court terme de résoudre des problématiques soulevées par les IFRS 17 (multiplication des jeux de données, ruptures de piste d’audit sur la chaîne d’intégration actuariat-comptabilité avec les SI amont et avals, difficultés de réconciliations…) tout en projetant à plus long terme l’atteinte d’une cible optimisée de l’architecture Finance & Risques.

Quel niveau de mutualisation avec l’architecture actuellement en place et en lien avec les autres normes ? Comment s’appuyer sur l’environnement mis en place pour le régime prudentiel Solvabilité II (notamment le dispositif IT développé pour les modèles SII, le stockage des hypothèses actuarielles et des model points, ou encore des résultats calculatoires en comptabilité) ? Comment s’assurer de l’intégration du dispositif d’ensemble pour faciliter la production synchronisée et la réconciliation des données entre les différents référentiels (Local Gaap, SII, IFRS 9, ICS…) ? Comment mettre en œuvre des plateformes multinormes (de modélisation, comptable, pilotage de l’activité et de la performance financière…) ?

Quelle option de centralisation ou de décentralisation des données au niveau du Groupe ? En fonction du niveau de standardisation souhaitée du process et de simplicité dans l’exécution des runs de clôture, les Groupes pourront définir différents modèles de gestion des règles, de lancement des calculs, de stockage des données, d’enregistrement comptable en norme IFRS, de production du reporting, du pilotage économique et financier… entre la holding et les entités. Chaque Groupe devra ainsi définir, en fonction de sa propre organisation, une répartition des rôles de leader et de contributeurs sur les différentes étapes de la chaîne, avec potentiellement l’apparition de nouvelles approches de type Centres de services partagés pour favoriser des gains d’échelle et d’efficacité opérationnelle.

Quel niveau de collaboration future entre les fonctions Finance et Risques ? La norme IFRS 17 va intensifier le besoin d’intégration de concepts et de travaux actuariels dans les processus comptables et de pilotage de la performance financière. La réussite d’une clôture se jaugera à la capacité des équipes comptables et actuarielles à collaborer ensemble et à adopter des approches transversales, notamment sur la couche applicative liée au calcul de la CSM ou sur la collecte et la gouvernance des données. Quelle architecture IT favorisera cette exigence d’agilité et de coopération entre les métiers et dépassera la logique de silos souvent observée ?

Quel coût de service de l’architecture cible ? La plateforme Finance et Risques cible devra être capable de répondre aux besoins des métiers tout en restant dans un TCO maitrisé (Total Cost of Ownership). Les choix technologiques à arbitrer devront être sous-tendus par les coûts de mise en oeuvre mais aussi d’utilisation et de maintenance. Des approches projet en mode agile permettront d’accélérer la mise en œuvre de la cible en la testant rapidement pour la corriger au besoin. Par ailleurs, dans un monde de plus en plus digital, l’architecture cible pourra s’appuyer sur des solutions de Finance digitalisée, tirer parti de l’effet de levier d’offres par abonnement, exploiter le Cloud… pour des raisons de coût mais également de performance (partage des données, absorption de pics de charge, mises à jour réglementaires…).

IFRS 17 engage les assureurs à modifier leurs architectures des données et revoir leurs modèles opérationnels (gestion et stockage des données, systèmes comptable et reporting, modèles actuariels, pilotage prospectif de la performance…). La mise en place d’une architecture IFRS 17 industrialisée, robuste et évolutive, capable de fiabiliser la mise à disposition des données pour garantir leur qualité et traçabilité jusqu’aux reportings dans les délais de publication fast close est une cible agnostique commune à tous les assureurs. L’enjeu de chaque Groupe est alors de clarifier ses propres aspirations, compte tenu de son niveau de complexité organisationnelle et de ses contraintes spécifiques, pour définir une architecture cible qui réponde aux différents impératifs de sa Direction, au-delà de la seule Direction des Systèmes d’Information.