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Accenture accompagne plusieurs grands assureurs français et internationaux dans leurs programmes de transformation IFRS 17. Avec IFRS 17, les processus de clôture financière vont être significativement impactés car le nouveau calcul des provisions techniques en valeur de marché reposera sur des modèles actuariels complexes à opérer, et couteux en ressources, en temps et en expertise. Ce nouveau challenge va nécessiter de repenser les organisations actuelles et obliger les assureurs à trouver de nouveaux leviers pour tenir les exigences des calendriers de clôture Fast Close et piloter leurs résultats. Au-delà de la clôture IFRS pour l’établissement des comptes consolidés des Groupes, cette révision des processus de clôture aura un fort impact transversal sur les opérations d’une direction financière: comptes sociaux locaux, reporting Solvabilité 2, processus budgétaires… Autant d’interdépendances qui inciteront à avoir une approche multinorme des processus de clôture pour identifier des synergies et gagner en efficacité opérationnelle. Mais cette vision intégrée du closing peut s’apparenter à un jeu de billard à cinq bandes… Dans cette nouvelle chronique, nous présentons notre point de vue sur les principaux enjeux liés aux Processus.

IFRS 17 : le challenge de la refonte des processus, une étape nécessaire pour assurer l’efficacité opérationnelle

IFRS 17 plonge le monde de l’assurance dans un nouveau paradigme. Contrairement à IFRS 4, le résultat des assureurs ne s’appréciera plus dans une vision rétrospective, mais dans une vision prospective. Ainsi, il faudra désormais projeter les flux futurs des contrats sur toute leur durée de vie pour les valoriser en vision Best Estimate (BE) et calculer un ajustement pour risque (RA) et estimer une profitabilité globale, la marge de service contractuelle (CSM), à la base des nouveaux comptes IFRS 17. Pour cela, les assureurs vont devoir revoir en profondeur leurs processus de clôture.

La complexité de la tenue des délais de clôture – un défi à relever

La mécanique de projection des flux futurs exigée par IFRS 17 est similaire au calcul des « Best Estimates Liabilities » dans la norme Solvency 2 (S2). Si le principe de calcul est similaire, les contraintes de délais de production sont différentes. La plupart des bancassureurs ou des groupes d’assurance demandent de finaliser le processus de clôture comptable avant J+10, y compris la consolidation des comptes, au moins sur le périmètre du bilan et du compte de résultat. Les entités disposent souvent d’un peu plus de temps pour élaborer et remonter les annexes quantitatives et qualitatives.

Or, la production du bilan économique S2, des QRT et des ratios de liquidité s’étale souvent jusque J+20 voire bien au-delà. Le processus de production S2 et les outils qui le supportent ne sont pas conçus pour répondre à des exigences de fast close et d’intégration dans un planning de clôture comptable. Tout l’enjeu avec IFRS 17 consiste donc à réussir à réaliser un processus de calcul de type S2 dans des délais de production comptable !

Les leviers d’accélération identifiés

Face au défi de la tenue des délais de clôture en IFRS 17, les assureurs étudient plusieurs pistes d’accélération, au-delà des approches de fast close plus traditionnelles.

La première piste envisagée est celle de la refonte de l’organisation des directions financières.

La mise en œuvre d’IFRS 17 renforce la nécessité de travailler en étroite collaboration entre actuariat, comptabilité, consolidation, ALM, gestion des actifs, contrôle de gestion, etc. Ce besoin accru de collaboration entre les différents départements de la direction financière pourrait amener les assureurs à constituer des groupes de travail rassemblant des compétences transverses, pour piloter les processus bout en bout. La fluidification des échanges, l’articulation voire la mutualisation des processus de production (par exemple S2 et IFRS 17) pour éviter les effets de goulot d’étranglement lors des clôtures, le rapprochement des données entre les outils et leur interfaçage automatique sont autant de leviers d’optimisation à considérer.

Un autre facteur d’accélération du processus de clôture est l’anticipation des données reçues via les réseaux partenaires, qu’ils soient internes ou externes au Groupe. Sur une clôture annuelle, en recevant les données des partenaires sur les primes, les sinistres et les frais de gestion des contrats à fin décembre ou début janvier, il est impossible pour un assureur de tenir les délais de clôture fixés.

Face à cette équation insoluble, les assureurs envisagent d’estimer au minimum un mois de données manquantes. Les données servant à produire les Model Points seraient donc « vieillies » jusqu’à la fin de la période de clôture avec des estimations basées sur des calculs ou sur le budget établi. Un calage actif / passif devra alors être réalisé en sortie des modèles actuariels, une fois que la valeur finale du stock d’actifs sera connue. Cette approche devra être validée par les commissaires aux comptes des assureurs, afin de confirmer la fiabilité du processus d’estimé et l’existence de mécanismes de correction ou d’ajustements en cas d’écarts matériels avec les données réelles. Par ailleurs et en lien avec ce sujet, la qualité et l’homogénéité des données du réseau de distribution, ainsi que l’industrialisation du processus de collecte de ces données, deviennent des enjeux importants de réduction des délais de clôture en IFRS 17.

La plupart des assureurs ont concentré leurs travaux sur les clôtures annuelles et n’ont pas encore travaillé à la définition des options structurantes pour les arrêtés semestriels et trimestriels. Devant la lourdeur du processus en IFRS 17, ils envisagent de simplifier au maximum le processus annuel défini. L’objectif est de ne pas avoir à produire les Model Points, ou du moins pas tous les Model Points, et de ne pas relancer tous les runs de calculs actuariels. Dans la mesure du possible, les assureurs tentent également de capitaliser sur les processus et outils existant sur la norme S2 pour gérer IFRS 17. Les objectifs sont multiples : éviter de doubler la charge de travail des équipes actuarielles, limiter les coûts de développement, assurer la cohérence et la comparabilité des résultats dans les deux normes, etc.

L’articulation entre les processus de clôture en norme locale et en norme IFRS 17 est également l’un des facteurs d’optimisation envisagés par les assureurs. Les normes IFRS sont généralement considérées et approchées comme des normes de reporting. Concrètement, cela signifie que les entités d’assurance comptabilisent au fil de l’eau en norme locale, et retraitent en clôture les montants pour produire le bilan et le compte de résultat en IFRS. Cette approche, possible aujourd’hui grâce à la similarité entre la norme locale et la norme IFRS 4, ne pourra pas être reproduite pour la clôture en IFRS 17. Les assureurs envisagent donc de revoir la priorisation des tâches entre la clôture en norme locale et la clôture en norme IFRS 17, puisque c’est sur cette dernière que la pression des délais de production est la plus forte.

Les autres processus impactés

Lors d’une clôture comptable, certains assureurs remontent une première estimation du résultat à l’entité consolidante. Cette estimation constitue un objectif à atteindre pour la clôture de l’exercice en cours. D’une manière générale, ils travaillent actuellement à l’identification des leviers de pilotage qui permettront d’anticiper la volatilité du compte de résultat en IFRS 17 et de se rapprocher du résultat anticipé remonté au Groupe. Puisque le résultat en IFRS 17 est la vision l’activité de l’assureur sur toute la durée de vie de ses portefeuilles de contrat, l’effet de la modification d’une hypothèse ou d’une donnée sera transverse et dilué dans le temps. Il devient donc difficile de piloter un résultat IFRS 17 avec précision.

L’élaboration budgétaire, et notamment la production du PMT, est également un processus fortement impacté par la mise en œuvre de la norme IFRS 17. De nombreux assureurs produisent encore leurs PMT à partir de modèles déterministes simplifiés construits sur Excel.

La norme IFRS 17 va nécessiter la production de Model Points (deux par année et par périmètre de modélisation pour le Stock et le New Business) et le lancement de runs de calculs dans les outils actuariels. Pour les assureurs, la principale difficulté est que les hypothèses retenues en entrée des modèles ne permettent pas d’anticiper directement le résultat IFRS 17 qui sera obtenu en sortie des modèles. Entre le temps nécessaire à la collecte et à l’ingestion des données, et le temps nécessaire aux calculs actuariels, il sera long et couteux de revoir les hypothèses si le résultat technique obtenu ne correspond pas aux attentes.